Une histoire d'accent

De xakan le 18/04/2022 - 1650299400 Humeur

Ceux qui me connaissent savent que mon accent fait partie intégrante de mon identité, de qui je suis. Mon image de profil sur les réseaux sociaux montre d’ailleurs à quel point j’attache de l’importance à mes origines : le Quercy, l’Occitanie. ...

Par définition (selon le Larousse), l’accent c’est « l’ensemble de traits articulatoires (prononciation, intonation, etc.), propres aux membres d'une communauté linguistique (pays, région), d'un groupe ou d'un milieu social. »

Et mon accent à moi, c’est celui du sud-Ouest pour faire simple. N’entrons pas dans les différences entre les différents coins du sud-ouest, il y aurait beaucoup à dire. Mais le groupe Sangria Gratuite, au nom festif, en dit beaucoup sur cet accent.

« Nous quand on parle on nous entend chanter, de l’Atlantique jusqu’à la méditerranée »

Je suis arrivé en Bourgogne à 23 ans, il y a bientôt dix ans, avec mon accent et mon débit élevé de parole. Totalement incompris par les locaux, je suis vite devenu « le gars du sud ». Ce qui est relativement vexant quand on sait la guerre qui oppose les deux suds.

Mon accent c’est ma fierté. C’est le soleil, c’est mon identité, c’est ce que je suis, qui je suis et d’où je viens. Cette ponctuation vue comme vulgaire dans cette nouvelle région alors que nous avons pour habitude de dire « putain » comme ils disent « vindieu » ici. Mais putain, ça passe moins bien. Cet accent j’ai dû, malgré moi et sans m’en rendre compte le gommer, ralentir ma vitesse de parole, oublier certaines expressions qui me reviennent dès que je parle avec quelque de « chez moi ». Malgré moi, pour m’intégrer et pour me faire comprendre, j’ai dû changer une partie importante de moi, si ce n’est celle à laquelle je suis le plus attaché. Du moins pour la partie visible et audible immédiatement.

On a tendance à donner un aspect négatif à l’accent. Journalistes, femmes et hommes politiques, tout le monde prend des cours de diction pour gommer son accent et être le plus neutre, ou le plus parisien possible. Sauf Castex. Le but est donc de rentrer dans une norme qui force à nous enlever nos origines, qu’elles soient géographiques ou sociales.

Pourtant, cet accent, c’est ce qui fait la richesse d’une région, d’un pays, et même du monde. L’accent, avec le langage utilisé, dit qui on est, d’où on vient, c’est ce qui nous définit le plus sincèrement. On ne devrait avoir aucune honte de nos origines, d’où on vient, d’où on veut aller, ni de qui on est. Et je trouve ça dommage. L’accent est ce que je trouve le plus beau au cours de mes échanges avec d’autres personnes, même quand je le trouve moche (bah oui, faut être honnête, nous ne sommes pas tous égaux).

« Les accents sont les épices de la langue […] Mon accent te dit Lo País d’où je viens, je sais d’où tu es lorsque j’entends le tien. Y en a pas de mieux de plus chic ou de meilleur, chacun a ses tics qu’il attache à son ailleurs. C’est pas que des mots, c’est pas que des mots, c’est la mélodie qui s’envole de ta bouche. C’est pas que des mots, c’est pas que des mots, y a aussi ta rythmique et ta touche. C’est pas que des mots, c’est pas que des mots, y a de l’habillage dans nos babillages. Y a pas que les mots, y a pas que les mots, y a aussi à défaut du langage » Encore des paroles de Sangria Gratuite, mais oui, je trouve ce texte très juste, et cette chanson résonne dans ma tête depuis des années, à chaque fois que je parle, ou que je me rends compte que j’entends les autres qui ont « mon » accent, que j’ai malgré moi en partie perdu…

Ce petit billet d’humeur m’a été inspiré par l’excellent podcast « Les pieds sur terre – Avé l’accent » que je vous recommande.

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